une chronique de disque : Homework

Daft Punk – Homework (1997) Virgin
1. Daftendirekt – 2 :45
2. WDPK 83.7 FM - 0 :28
3. Revolution 909 – 5 :27
4. Da Funk – 5 :30
5. Phoenix – 4 :57
6. Fresh – 4 :04
7. Around The World – 7 :10
8. Rollin’ & Scratchin’ – 7 :28
9. Teachers – 2 :53
10. High Fidelity – 6 :03
11. Rock & Roll – 7 :34
12. Oh Yeah – 2 :02
13. Burnin’ – 6 :54
14. Indo Silver Club – 4 :35
15. Alive – 5 :16
16. Funk Ad – 0 :51
Il y a quelques semaines, on m’a suggéré de parler d’Homework, pièce musicale que je range au rayon des classiques intemporels. J’ai accepté comme un couillon, pensant que c’était une bonne idée. Ecrire quelques lignes sur le groupe Daft Punk me semble assez compliqué d’ordinaire. Quand en plus il s’agit de faire une chronique de leur premier album, on est clairement dans l’idée de se tirer une balle dans le pied.
Croyez-le ou non, mais le premier titre qui me vient à l’esprit quand je parcours ma mémoire à la recherche des traces de ma rencontre avec cet album, c’est Rock & Roll. Pas de Around The World ou Da Funk, nan. Rock & Roll. Je me rappelle encore du jour où mon frère me l’a fait écouter. On était parti faire un tennis et le poste cassette de la Clio crachait ce track depuis 5 bonnes minutes quand on arrivait à notre destination. Au lieu de couper le contact, mon frère a laissé tourner le moteur pour que je ne perde rien de l’orgie sonore et que la montée en fusion du morceau fasse son effet jusqu’au bout. On est donc resté dans la voiture pendant les 2 minutes restantes, le visage illuminé d’un grand sourire qui voulait en fait dire « merde, t’entends ce bordel là ? ».

A l’époque j’étais aussi super fier d’écouter ce groupe de musique électronique car il faisait un big up à Dr. Dre et George Clinton dans Teachers, et moi ça me parlait. Bien avant cette période, mon frère (encore lui) me mettait The Chronic et Doggystyle pendant que j’avalais mon biberon. C’était les bases en quelque sorte.
Avec cette piste habilement placée en plein milieu de l’album, les Daft Punk veulent en fait nous dire une seule chose : bon ok, voilà où on en est, mais accrochez-vous car on va aller plus loin. Parce que si on devait résumer Homework en quelques lignes, on pourrait simplement dire que ce sont deux mecs qui ont eu l’intelligence de composer avec toutes leurs meilleures influences musicales (en partie citées dans Teachers) en y ajoutant une touche personnelle mêlant culot et talent. Thomas et Guy-Manuel (22 et 23 ans à la sortie de l’album) n’ont pas inventé grand chose, ils ont ‘juste’ pioché dans le très bon pour faire plus fort. Ils ont su planter le dernier piton dans la falaise afin d’accéder au sommet.
D’autant que le sommet il est juste là, et on y trouve une petite plaque avec gravée High Fidelity. Peut-être le meilleur morceau produit par Daft Punk. La recette : un timing parfait de 6 minutes et 3 secondes soit ni trop court ni trop long ; du sample cutté en veux-tu en voilà (pour info, c’est le saxo de « Just The Way You Are », Billy Joel, 1977) ; une rythmique hyper groovy labellisée « made in Versailles » ; des filtres pour moduler tout ça ; et puis ce putain de break de 45 secondes qui nous fait monter… monter… monter… jusqu’à cet instant précis où le kick et le sample repartent. cut/High/cut/Fi-de-li-ty/cut. Bras en l’air.

Y a t-il une cohérence dans Homework ? Je ne pense pas. C’est plus un alignement de singles qu’autre chose (Da Funk, Rollin’ & Scratchin’, Alive, Around The World, Indo Silver Club sont déjà sortis avant que l’album voit le jour en France). A cette époque et dans ce genre musical, on ne jure que par le maxi sur galette noire. Mais après 10 bonnes années d’écoutes régulières du long format, on se dit qu’il y a quand même des enchaînements vraiment parfaits. Quand la fin d’un morceau approche et qu’on est déjà en train de fredonner les premières notes du suivant… on connaît tous cette sensation.
C’est ce qui m’arrive quand se termine Fresh, lorsqu’on entend les vagues se jeter sur la plage puis se retirer doucement. La mélancolie laisse place au disco, et moi je ne pense qu’à un truc : la mélodie étouffée et filtrée de Around The World qui va démarrer. La suite on la connaît, ces 3 mots en gras seront répétés 144 fois au vocoder. Inutile d’en parler plus longtemps. Tube. Dans 30 ans on se dira toujours la même chose, tube. Intéressons nous donc plutôt au cas de Fresh et réfléchissons quelques secondes sur le produit. Sérieusement, un track house avec une guitare électrique qui braille tout le long, c’est normal vous croyez ? Je dis non, c’est du génie.
Autre inspiration géniale devenue depuis une marque déposée, c’est cette façon de rentrer une basse à l’instant propice dans un morceau. On s’est compris, je veux parler de Burnin’ où les Daft s’amusent d’abord avec une fermeture éclaire puis sans prévenir décrète l’état d’euphorie. C’est à ce moment que la magie opère et qu’on se prend cette fameuse basse discoïde en plein sur la nuque. Du coup, impossible de contrôler jambes, reins, bras. Feu sur le dancefloor. Et si ce n’est pas la basse qui peut nous couper le souffle, c’est le sample. Au choix, allez. Parce que Phoenix commence assez peinard, de la bonne techno kick/snare, rien de bien méchant. Mais c’est après quelques mesures qu’on se rend effectivement compte qu’on va essayer de nous la faire à l’envers. D’abord, l’évolution de la rythmique est folle dans les 90 premières secondes, pure jouissance. Phoenix, ou comment passer de la techno à la disco house trop facilement. Enfin oui, le sample. Découpé et passé au hachoir, puis servi à point.

Attention, pour ceux qui n’auraient jamais tendu une oreille à Homework, n’allez pas croire qu’on se marre sur fond de musique disco, où tout le monde tape dans les mains en cœur et s’embrassent sur la bouche. Je préfère juste garder la violence pour la fin. Il faut savoir qu’Homework est un condensé de rap, funk, heavy-metal, techno, rap et pop. Par exemple, avec Da Funk on a la certitude que James Brown n’est pas très loin. Indo Silver Club est un revival disco dance sous acide. Oh Yeah, c’est du rap de 2009 et WDPK 83.7 FM aurait sa place dans un album de Parliament.
Au fait, j’adore comment démarre le disque. Daftendirekt et le boomer volontairement en surchauffe. C’est crade, ‘da funk back to the punk come on’ se répète inlassablement quand George Clinton prend le contrôle des choses *boum*. La rythmique est grasse et ronde, la grosse caisse et la caisse claire tombent parfaitement. Chaque son de la boite à rythmes sort l’un après l’autre, un peu à l’arrache. Le disque est à peine commencé que les deux mômes foutent déjà le bordel avec les machines. Attend je joue un peu sur l’attaque des snares, et tac je te mets un peu de claps par ici, ok je rajoute des charlestons par là. La TR-909 ronronne de plaisir. Moi aussi.

C’est typiquement ce côté presque improvisé qui me fait rêver dans les premiers sons de Daft Punk. Un peu comme sur Musique (face B du maxi Da Funk sur le pressage Virgin), on est fasciné par cette idée de produire un track de façon insouciante, en déconnant avec la boîte à rythmes et les filtres.
Je me sens obligé d’enchaîner avec Revolution 909, car c’est encore une histoire de boite à rythmes, ultra speed, ultra rave cette fois. Ya rien d’autre ici de toute façon, à part 2 samples et une basse vraiment shorty. Homework c’est aussi ça, de la musique épurée, on va droit à l’essentiel. Et ce breakbeat à 3:10 fait tellement mal.
Puisque c’est le quart d’heure rave juste un petit mot sur Alive et ses 5 bonnes minutes progressives à base de gros kicks dans la machoire / tête collée à l’enceinte. Il est quelle heure steuplait ? 11h du mat’. Quand on imagine que c’est le premier morceau composé par les deux lascars en 1994…
Voilà, je crois avoir presque fait le tour de l’album. Tout était calculé pour terminer cet essai en dissertant sur Rollin’ & Scratchin’, LE titre monstre d’Homework. C’est quoi au juste, de la techno ? du métal ? Je sais pas trop, mais ça tape très fort et pendant très longtemps, avec la sensation qu’un autobus nous passe sur le corps. Vitalic disait s’être pris un Boeing 747 sur la face quand il a entendu ce morceau la première fois, moi je préfère la métaphore du véhicule qui coûta la vie à Nate Fisher Senior. Mais on est au même niveau sur l’échelle du climax intense et fatal. A part cogner sévère il s’y passe quoi me demanderez-vous peut-être ? En 3 : séquestration – tronçonneuse – écartèlement. C’est gagné ? Pépita apportera la boîte du jeu et un cd dédicacé en cadeaux.
Funk Ad, Da Funk en mode reverse, la boucle est bouclée. Plus de 10 ans après sa sortie, je trouve toujours que le kick de Da Funk est vraiment trop fat et sans aucune ride. Il paraît que c’est ça aussi la marque des grands.

Joan Barnes, avril 2009.








